Un herbier diasporique : plantes d’ici, mémoires d’ailleurs
Les plantes prennent racine dans le sol et réussissent néanmoins à se répandre sur de grandes distances. Beaucoup de plantes que nous croyons originaires de notre région ou de France, viennent ainsi d’autres continents : le pommier, le cerisier ou encore le blé, venant d’Asie centrale et de Méditerranée orientale.
Ces plantes voyagent depuis des millénaires dans les bagages des humains et s'acclimatent à de nouveaux territoires. Aujourd'hui encore, des personnes en situation de migration cultivent une petite parcelle dans un camp de réfugiés ou conservent une plante en souvenir de leur terre d'origine. Le mot « diaspora » lui-même relie les deux univers : composé des mots grecs dia (« à travers ») et spora (« semis »), il évoque des graines semées à travers le monde pour décrire la dispersion d'un groupe dans différents pays.
Ce site interactif rassemble des plantes que des personnes originaires d'autres pays ont apportées ou retrouvées en région Centre-Val de Loire, et auxquelles elles attribuent une signification particulière. L'herbier diasporique réunit onze plantes associées à onze diasporas. Il ne prétend pas être exhaustif : les visiteurs sont invités à le compléter en s'inspirant de notre démarche.
Cet herbier est issu du projet de recherche Diasporas et patrimoine : repenser les liens (DIA-PAT), mené par les universités d'Orléans et de Tours avec le soutien de la Maison des Sciences sociales et des Humanités Val de Loire (2025-2026). Il s'intéresse aux relations, encore peu étudiées, entre diasporas et patrimoines : la recherche sur le patrimoine reste souvent attachée à une conception territoriale et autochtone qui tient à distance leur contribution. Pourtant, les diasporas jouent un rôle essentiel dans la création et la transmission des patrimoines, par des pratiques artistiques ou littéraires comme par les gestes du quotidien : jardinage, cuisine, pratiques médicinales…
Entre septembre 2025 et juin 2026, nous avons demandé à des personnes et des groupes établis dans la région, et gardant des attaches avec d'autres pays, de nous parler des plantes qui revêtent une signification particulière pour eux. Des séminaires ont réuni universitaires, société civile, artistes et personnes en situation de migration, et le projet s'est rapidement concentré sur les jardins, les plantes, leurs usages culinaires ou médicaux et leurs significations symboliques. Un atelier autour de l'« herbier indiscipliné » de l'artiste Christiane Deville nous a fait réfléchir à cette forme de collection, qui reflète des choix faits à un moment et dans un lieu précis.
Si des diasporas très présentes dans la région, notamment liées au Portugal et à l'Algérie, sont représentées, notre démarche n'a pas été statistique. Elle s'est construite à partir de réseaux de connaissances et d'une cocréation avec des personnes de la société civile et des artistes, accompagnés et mis en forme par le Collectif On participe.
Vous pouvez maintenant vous promener dans le jardin qui précède ce livre numérique, composer un herbier qui vous ressemble, y ajouter vos notes et prolonger notre démarche par votre propre herbier d'ici et d'ailleurs.
Les trois enseignants-chercheurs à l'origine du projet remercient chaleureusement les personnes qui leur ont ouvert leurs jardins et partagé recettes et souvenirs, ainsi que les soutiens qui ont rendu possibles ce site, ce livre numérique et ce jardin virtuel.
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